Le vélo électrique : une anomalie réglementaire
Publié le 20 novembre 2025
Depuis une vingtaine d'années, le vélo électrique s'est progressivement imposé dans le paysage urbain français. Malgré de nombreuses aides publiques à l'achat et un marketing soutenu, son succès reste paradoxalement mitigé. Cette situation mérite qu'on s'interroge sur la pertinence réelle de ce moyen de transport et sur les incohérences réglementaires qui l'entourent.
Suite à mon précédent article sur le vélo où j'exposais les limites du vélo traditionnel malgré mon usage quotidien depuis 10 ans, il me semble pertinent d'analyser cette variante électrique qui prétend résoudre certains de ces problèmes.
L'objectif affiché : concilier vitesse et confort
Le vélo électrique répond à un besoin légitime : se déplacer plus rapidement que sur un vélo classique tout en limitant l'effort physique. Cette promesse est particulièrement séduisante pour les trajets domicile-travail, où l'on souhaite minimiser le temps de transport sans arriver transpirant au bureau.
La réglementation encadre strictement cette assistance : elle doit s'arrêter à partir de 25 km/h et ne peut fonctionner que si l'utilisateur pédale. Sans cette dernière condition, le véhicule serait juridiquement considéré comme un scooter.
La réalité physique : un scooter déguisé
Pourtant, cette obligation de pédaler relève plus du formalisme juridique que de la réalité énergétique. Un vélo électrique est un engin lourd, et lorsqu'il roule à plus de 20 km/h — ce qui représente 90% de son utilisation — environ 95% de l'énergie nécessaire provient de la batterie, non des jambes du cycliste.
Cette situation crée une aberration : pourquoi s'embarrasser d'un pédalier, d'une chaîne et de tout l'équipement mécanique associé si l'apport humain est marginal ? Pourquoi accepter de se mouiller les jambes par temps de pluie et de transpirer inutilement pour un effort qui ne contribue qu'à 5% de la propulsion ?
Le vélo électrique cumule ainsi les inconvénients du vélo traditionnel (effort physique résiduel, exposition aux intempéries, vulnérabilité face aux crevaisons) sans en conserver les avantages principaux (simplicité mécanique, légèreté, exercice physique réel).
L'alternative logique : le scooter électrique
Dans cette logique, le scooter électrique apparaît comme une solution bien plus cohérente. Il offre les mêmes avantages que le vélo électrique — motorisation électrique, batterie amovible pour la recharge en appartement — sans les contraintes artificielles. Sa vitesse limitée à 45 km/h le rend plus efficace pour les déplacements urbains, tout en protégeant mieux l'utilisateur des intempéries.
Bien qu'un peu plus cher qu'un vélo électrique, l'écart de prix reste raisonnable au regard des avantages supplémentaires apportés, ce qui rend d'autant plus inexplicable la persistance de ce dernier sur le marché.
Alors pourquoi le scooter électrique peine-t-il à s'imposer face au vélo électrique ? Plusieurs facteurs expliquent cette situation paradoxale :
- L'image sociale : le vélo bénéficie d'une image "verte" et sportive, tandis que le scooter traîne encore une réputation de véhicule polluant (même en version électrique)
- Les aides publiques : les subventions massives pour l'achat de vélos électriques faussent la concurrence
- L'infrastructure : les pistes cyclables sont interdites aux scooters, même électriques
- La réglementation : le scooter électrique nécessite un permis AM (ex-BSR) et une assurance, contrairement au vélo électrique
Le cas des trottinettes électriques : quand la logique l'emporte
L'essor fulgurant des trottinettes électriques illustre parfaitement ce que peut donner un produit réellement adapté à son usage. Moins chères, moins encombrantes, facilement rangeables sous un bureau, elles ont conquis les utilisateurs urbains sans avoir besoin de subventions publiques.
Leur succès a même été tel que la plupart des villes ont dû interdire les services de location en libre-service, submergées par leur popularité. Cela démontre qu'un produit vraiment pertinent n'a pas besoin d'incitations financières pour trouver son marché.
Une niche pertinente : les seniors
Il existe néanmoins un segment où le vélo électrique trouve sa justification : celui des retraités et seniors actifs. Pour cette population, l'assistance électrique permet de prolonger la pratique cycliste tout en conservant une activité physique modérée. Elle ouvre aussi la possibilité de réaliser de grands déplacements et de belles balades, chose qui serait impossible pour un retraité n'ayant jamais pratiqué intensivement le vélo auparavant. L'effort de pédalage, même réduit, conserve ici sa pertinence dans une logique de maintien en forme.
Conclusion : repenser la mobilité électrique
Le vélo électrique, dans sa forme réglementaire actuelle, apparaît comme un compromis bancal entre des exigences juridiques et des besoins réels de mobilité. Son succès artificiel, soutenu par des aides publiques massives, masque mal ses contradictions intrinsèques.
Une politique de mobilité cohérente devrait davantage encourager les solutions réellement adaptées aux besoins urbains : scooters électriques pour les trajets moyens, trottinettes pour les courtes distances, et vélos électriques pour les usages où l'exercice physique reste un objectif en soi.
Il est temps de dépasser les dogmes et les classifications réglementaires obsolètes pour repenser sereinement la mobilité électrique urbaine du XXIe siècle.