Le vélo au quotidien : au-delà du mythe
Publié le 6 novembre 2025
Deuxième article d'une série sur l'aménagement urbain
Le vélo, le saint graal de l'aménagement urbain moderne.
Je fais du vélo depuis 10 ans maintenant. Et quand je dis que je fais du vélo, j'en fais vraiment, pas comme les soi-disant vélo-taffeurs. Premièrement, j'en ai fait en tant que cycliste avec plus de 200 km minimum par semaine d'entraînement pendant 5 ans. À côté, j'avais mon autre vélo pour la vie de tous les jours. Et absolument tous les jours, je n'ai pas de voiture ni de carte de transport en commun.
C'est un choix que je fais en mesurant les conséquences (surtout pour éviter les coûts d'une voiture), mais je reconnais que c'est loin d'être le moyen de transport parfait comme on aime le vendre dans les médias.
Les pistes cyclables
L'aménagement récent des villes pour promouvoir le vélo a installé partout des pistes cyclables. Ça a été développé par des bureaucrates ou par des bobos cyclistes du dimanche qui n'ont jamais eu à parcourir quotidiennement des dizaines de kilomètres. Ce n'est pas pratique du tout.
La piste cyclable trottoir
Ça se répand de plus en plus, c'est infernal. Il y a le problème des feuilles et des épines comme mentionné dans mon article sur les arbres.
En plus de ça, il y a les bouts de verre qui peuvent nous faire crever, c'est très fréquent sur les trottoirs et c'est presque jamais ramassé. Quand c'est sur la route, les voitures à force de rouler éparpillent les bouts de verre, c'est moins gênant. À force de passage, ça s'en va tout seul, de plus la voirie passe régulièrement nettoyer les routes. Sur le trottoir, ce n'est pas le cas.
Ajouté à ça, on partage le trottoir avec les piétons : il faut donc faire attention aux piétons, aux poussettes, aux enfants, aux chiens et à leurs laisses qui peuvent nous couper la route.
Il y a aussi les sorties de voitures des parkings, maisons, etc. Elles n'ont pas souvent de visibilité à cause du portail. Il faut donc rouler doucement pour ne pas en prendre une.
À chaque intersection, comme on est sur le trottoir, on n'a plus la priorité, alors que sur la route, quand c'est une route principale avec des stops sur les côtés, tu traces tout le long sans te poser de questions. Là, à chaque petite rue, tu dois t'arrêter au passage piéton. Ça ralentit ÉNORMÉMENT.
Tous ces ralentissements sont titanesques. Quand on est un cycliste du dimanche ou un vélotaffeur irrégulier, ce n'est pas gênant, mais quand tu dois faire de la distance tous les jours, c'est dramatique.
C'est ce qui fait la différence entre un trajet pratique/rentable et un trajet impossible. Ça fait perdre facilement 30% de temps sur un trajet, les pistes cyclables trottoirs (et ça fait chier les piétons qui ont peur de se prendre un vélo).
30% de temps en plus sur un petit trajet de 6 km, c'est ce qui peut rendre rentable le trajet en voiture à la place du vélo. Et 6 km, c'est rien, on a très vite des trajets de 10-15 km. La perte de temps rend l'usage du vélo impraticable. On est prêt à perdre 10 min/trajet en vélo si ça nous économise de l'argent par rapport à un trajet en voiture ou en transport. Mais si ça met 20 minutes de plus à cause des pistes cyclables mal pensées, ça ne vaut plus le coup de prendre le vélo.
La piste cyclable séparée
Il y a aussi les nouvelles pistes cyclables "haut de gamme" qui sont séparées de la route et du trottoir sur une zone distincte incarnant la solution idéale.
À première vue, c'est le graal, mais ça a plein d'inconvénients. Il y a, comme pour ce qui précède, le problème des branches, racines (qui font sauter le vélo car ça ne se voit pas bien), des épines et des bouts de verre. Ces pistes ne sont jamais nettoyées.
Mais il y a aussi l'éclairage : elles ne sont souvent pas éclairées car elles ne sont pas sur la route. Alors les bobos et les bureaucrates, ils s'en foutent, ils ne font jamais de vélo ou occasionnellement en journée quand il fait beau. Sauf que pour le vrai cycliste, lui, il doit faire du vélo tous les jours.
Et 6 mois de l'année, c'est l'hiver. Tu fais comment sur une route pas éclairée le matin quand tu vas au taff et quand tu reviens ? Parce que les éclairages de vélo, ça n'éclaire pas bien, ce ne sont pas des phares de voitures, on ne voit pas les bouts de verre.
On fait comment 6 mois par an ? Il faut bien aller au taff et faire ses courses, non ?
La meilleure piste cyclable
La meilleure piste cyclable, c'est l'ancienne qui se faisait partout avant mais que tout le monde déteste. Ça me rend fou car ça montre que ces gens ne font jamais de vélo. C'est la piste cyclable sur le côté de la route, celle qui fait 50 cm entre le trottoir et les voitures, séparée par une bande blanche.
C'est la meilleure car :
- on ne gêne pas les piétons
- il n'y a pas de bouts de verre sur la route
- si c'est abîmé (verre, feuilles, etc.), le passage régulier des voitures va retirer les impuretés
- c'est éclairé quand il fait nuit car il y a toujours de l'éclairage pour les voitures, donc on voit très bien
- on est sur la route à côté des voitures, donc c'est quand même très safe, on ne les gêne pas
- on est sur la route, donc on a toujours la priorité à chaque intersection, on ne perd pas de temps
- si on veut tourner à gauche, il suffit de tendre le bras, pas besoin de quitter le trottoir ou de quitter la piste cyclable spécifique
Bref, ce sont les meilleures pistes cyclables. Ça ne se fait plus car nos politiciens veulent "faire mieux", mais c'est ce qui reste le plus pratique de loin et le moins cher.
Si on veut les améliorer, il suffit de réduire le trottoir gigantesque de 10 cm, ça ne change rien pour les piétons et ça laisse plus d'espace au cycliste sur la route. Dix centimètres, ça fait une grosse différence. Peindre la piste en vert, ça ne change rien à première vue, mais ça rend le marquage plus distinct entre les voitures et les cyclistes, et j'ai remarqué que les voitures ont tendance à mieux respecter la distance quand c'est peint en vert. C'est bête mais ça marche.
Les intempéries
Si on veut mettre en avant le vélo, il faut pouvoir en faire tous les jours, sinon, si ce n'est pas possible certains jours, ça nécessite d'avoir un autre moyen de transport (souvent le seul faisable : la voiture). Si 30 jours par an, ce n'est pas possible, on est obligé d'acheter une voiture (et donc l'entretenir, assurance, avoir une place de parking qui pénalise tout le monde, etc.).
Sauf que le temps, ça ne va jamais.
L'été, il fait trop chaud. Ici à Toulouse, on doit avoir 20 jours par an qui dépassent les 35 degrés et pas loin de 2 mois à plus de 30 degrés. Rares sont les taffs avec des douches sur place. On fait comment ? Et même quand il y en a, tout le monde arrive en même temps et il y a la queue le matin à la douche du taff, c'est impraticable.
Faire 10 bornes à vélo avec cette chaleur, c'est certes possible, mais c'est ultra désagréable et franchement un peu dangereux parfois.
Il y a souvent du vent aussi au printemps. Quand tu as 12 km pour aller au taff à vélo et que tu te prends des rafales de vent de face tout le long le matin à 8h pour aller au taff, ça refroidit, et surtout ça ralentit énormément.
La pluie, même problème : c'est faisable mais très désagréable, et il faut de l'équipement qui coûte de l'argent et prend de la place chez soi à stocker.
La neige, c'est quand même très rare en France, mais le verglas, c'est bien une dizaine de jours minimum par an, et en fonction d'où vous habitez, ça peut être bien plus. En voiture, c'est dangereux mais on glisse un peu et c'est tout. Mais à vélo, c'est fatal : la chute est immédiate, ça ne rigole pas du tout. Comment on fait alors pour aller au taff ou faire ses courses ?
Quand on prend tous ces problèmes en compte, on se rend compte que les jours où il est pratique de faire du vélo sont rares.
Moi, ça m'énerve, je vois tous les vélotaffeurs au mois de septembre quand il fait beau, pas trop chaud, pas de vent, sec, journée longue donc pas besoin de lumière, faire du vélo et dire à quel point c'est super bien comme moyen de transport. Mais ils sont tous absents au mois de juillet en pleine canicule, l'hiver quand il fait zéro degré à vélo, nuit et risque de verglas, et au printemps dès qu'il y a un peu trop de vent.
The Separate Bike Lane on Twitter vs. In Real Life.
— BoumTAC (@BoumTACo) October 31, 2025
No lights, never cleaned, dog poop, glass on the ground, tree thorns, loose priority.
There are people who talk about bikes, and there are people who ride bikes.
But those are two different kinds of people.
Only one of these… https://t.co/0xEbfJOK6E pic.twitter.com/Jl1lFjMxXh
C'est pour ça qu'on voit le vélo pratiqué aux Pays-Bas : il ne fait jamais trop chaud là-bas, l'hiver est doux, il y a certes du vent mais c'est le moins pénible de toutes les intempéries. Et il pleut fort très rarement là-bas. La petite pluie n'est pas gênante, ça mouille un peu mais avec un manteau ça passe. Le problème, c'est la grosse pluie qui nous trempe en 5 minutes de vélo et qui nous gâche la visibilité si on porte des lunettes (encore un autre problème du vélo).
Le vol
Un vélo, ça se vole trop facilement. On connaît tous quelqu'un qui s'est fait voler son vélo. C'est tellement courant que ça vous est même sûrement arrivé.
C'est problématique, ça coûte cher un vélo en plus maintenant. Si on veut un truc solide pour aller au taff sans souci, un truc qui tient la route et qui va servir tout le temps, ce n'est pas donné.
Si dès qu'on sort on attache son vélo et qu'on a peur de se le faire voler, c'est un problème. Si on ne peut pas laisser un vélo dehors la nuit, c'est problématique.
Stockage
Un vélo, ça prend de la place, et bien sûr dans nos super aménagements modernes de nos belles résidences, il n'y a plus de cave perso. Donc on ne peut pas stocker nos vélos en sécurité.
Certains les stockent sur les terrasses qui servent de dépotoir. Mais ça prend l'eau et le soleil, le vélo s'abîme vite, ça rouille.
Sinon, il y a les parkings communs de résidence, mais tout se fait voler dedans.
Entretien
Avec un usage quotidien, un vélo, ça s'abîme vite, c'est loin d'être gratuit non plus l'entretien.
Et dès qu'on prend la pluie, c'est dévastateur : ça s'injecte partout avec des graviers et il faut tout nettoyer, sinon tout s'abîme vite (chaîne, dérailleur, freins, etc.). Et c'est encore un truc qui prend du temps. Au printemps, ça demande un vrai entretien.
Quand on l'accroche à un support, souvent il y a d'autres vélos et ça prend des chocs. Le dérailleur bouge et ça ne marche plus bien, pareil pour les freins et du coup ça coince sur la jante. Le garde-boue se met à frotter sur la roue. Bref, les petits problèmes, ça va très vite.
La praticité
Comme vu dans tous les points précédents, ça a plein d'inconvénients.
Mais comment tu fais les courses ? Moi, je m'en sors, je vis seul et je fais les courses régulièrement pour que ça passe dans un sac, mais tu fais comment quand tu vis à deux ? Ou une famille ?
Comment tu vas à un rdv loin de chez toi ? Chez le médecin quand tu es malade ? Ou pire, blessé (entorse, fracture, etc.) ? Ça m'est déjà arrivé et faire du vélo à une jambe pour aller faire une radio, je peux vous dire que c'est compliqué.
Comment tu emmènes tes enfants malades ? Un porte-bagage, ça passe pour emmener les enfants à l'école à côté, ce n'est pas loin. Mais quand ils sont malades et que le médecin est à 5 km, on fait comment ? Quand il faut les emmener aux urgences ?
Les animaux pour les emmener chez le vétérinaire, comment on fait quand on n'a qu'un vélo ?
La distance
Quand il faut faire 3-6 km, ça passe. 8 km, ça fait un petit bout mais ça va aussi. Mais quand c'est 10 km ? 12 ? 15 km ? Ça fait 30 km aller-retour, c'est long. Avec un bon vélo pour aller au taff, ça passe, mais si c'est pour aller chez un ami un soir, ce n'est pas pareil.
Vous allez me dire que 8 km de vélo, ça passe. Bien sûr que ça passe, vous avez raison, 8 km à vélo, ça se fait sans difficulté. Mais quand c'est tous les jours, deux fois par jour par tous les temps avec un sac à dos pour aller au travail ou alors bien habillé pour aller à un date, ce n'est pas pareil. Il faut faire la distinction entre une balade de 8 km pour le fun par beau temps en short et tee-shirt et un trajet de tous les jours. Personne n'a envie de fournir un effort le matin à 7h30 pour aller au taff pour être à l'heure au rendez-vous client.
Il y a une raison pourquoi dès que l'on s'éloigne légèrement du centre ville il n'y a presque plus aucun cycliste.
Si un soir d'hiver ou de pluie un ami vous invite chez lui, même s'il n'y a que 4 km à faire, ça démotive. On n'a pas envie de bouger. C'est pénible et ça demande un effort. Je le connais, je suis à 17 minutes du centre ville à vélo. J'ai raté un paquet de sorties par flemme de faire 20 minutes de vélo aller et 20 minutes de vélo retour.
Parce que le vélo, c'est fatiguant aussi. Certes, ce n'est pas un effort intense, mais personne n'a envie de faire 30 min d'activité physique avant d'aller au resto un soir.
Vous voyez beaucoup de monde aller au cinéma à vélo ? Puis rentrer à 23h se taper 8 km sur le trajet du retour. Non, personne ne fait ça, c'est pénible. Moi je le fais et je le sais, je n'ai JAMAIS vu personne rentrer de la zone commerciale à vélo un soir.
Quand je vais au théâtre, il n'y a jamais personne à vélo, je suis le seul.
Quand un ami vous invite à 6 km de chez vous, vous y réfléchissez deux fois, et vous guettez la météo non-stop, ça ne fait pas plaisir de se prendre une averse.
Vous avez réservé une place pour un concert dans un mois à 8 km de chez vous. Vous espérez qu'il ne fera pas trop chaud pour y aller pour ne pas arriver en sueur et qu'il n'y aura pas de vent ni de pluie. C'est angoissant.
Conclusion
Moi je le vois, le vélo, je n'ai que ça en moyen de transport depuis 10 ans. J'adore, mais c'est loin d'être le moyen de transport idéal qu'on nous vend.
Le trajet idéal, c'est 1-4 km. En dessous, autant marcher 10 min ; au-dessus, ça commence à être impactant : distance, transpiration, pénibilité.
C'est juste pratique en ville pour rouler 2 km et rejoindre quelqu'un. Pas trop long, pas le temps d'avoir chaud, pas trop fatiguant. Ce n'est pas sans raison que l'on voit plein de vélos en centre ville mais dès que l'on quitte l'hyper centre la quantité de cyclistes diminue rapidement.
J'aime le vélo et j'adore en faire, mais j'ai horreur d'entendre tant de gens vendre le vélo comme la solution de mobilité idéale alors que je ne les vois jamais sur la route dès que les conditions ne sont pas idéales.
Si vous incitez tant à promouvoir le vélo, rejoignez-moi sur la route.
Je vous attends avec plaisir.