Les bienfaits du porno
Publié le 25 décembre 2025
Introduction
De nos jours, le porno est unanimement perçu comme quelque chose de néfaste pour la société. La liste des méfaits qui lui sont attribués est longue et documentée : addiction, problèmes d'érection, modification du circuit de récompense, anxiété des performances, attentes irréalistes, désensibilisation aux contenus extrêmes, difficultés de concentration, baisse de l'estime de soi. Sans compter les questions éthiques légitimes concernant la maltraitance des actrices et l'exploitation de l'industrie pornographique. Tout cela est plus ou moins vrai, et je ne cherche pas à nier ces problèmes. Mais avant de condamner définitivement le porno, il serait peut-être utile de regarder dans le rétroviseur et de se demander : à quoi ressemblait le monde avant ?
Le monde avant le porno
Le porno existe depuis quelques dizaines d'années, mais il ne s'est véritablement popularisé que récemment avec son accès facilité grâce à internet. À quoi ressemblait le monde avant cette révolution ? Voici quelques anecdotes, personnelles ou glanées à droite et à gauche, qui dressent un tableau pour le moins troublant.
Dans la littérature classique, les bordels étaient généralisés partout. Dans chaque ville, il y en avait. Récemment, j'ai lu À l'Est d'Éden de Steinbeck : tout le monde allait au bordel — c'était banal, on y allait entre amis. Aujourd'hui, les bordels n'existent plus.
De mes 18 à 20 ans, je faisais des allers-retours en TGV entre Paris et Nantes tous les mois. Sur le trajet entre la gare de Nantes et chez mes parents, la rue était remplie de dizaines de prostituées tous les soirs de la semaine. C'était "l'avenue des Africaines", et l'avenue adjacente était celle "des femmes de l'Est". À Toulouse, où je vis maintenant, je ne sais même pas où se trouvent les prostituées. Il y a sept ans, en arrivant dans la ville, il m'arrivait occasionnellement d'en voir dans la zone industrielle de Sesquières, près du parking des routiers, ou en ville près du canal. Mais aujourd'hui, sept ans plus tard, je n'en vois jamais.
Dans le livre Women de Bukowski, une femme évoque avoir pris l'avion. Le passager à ses côtés était tellement excité par ses jambes qu'il a commencé à se masturber dans l'avion. Elle raconte cela comme une anecdote banale, alors que ce serait absolument invraisemblable aujourd'hui. Le type serait considéré comme un psychopathe. Une autre femme, barmaid, raconte qu'en servant un verre à un client au comptoir, elle découvre qu'il était en train de se masturber face à elle. De la même façon, elle raconte cela comme une anecdote banale.
Le viol entre époux n'existait pas juridiquement. Avant 1970 aux États-Unis, c'était légal . La femme devait donner son corps à son mari quand il en avait envie. C'était la normalité. Ce n'est qu'en 1993 que c'est devenu un crime dans tous les États américains. Aujourd'hui, c'est absurde : personne ne trouverait normal de penser, et surtout d'agir ainsi.
Dans le livre Les Naufragés du Wager , les marins font naufrage après avoir passé le cap Horn. Une poignée d'hommes survit sur une île désolée au large de la Patagonie. Cannibalisme, meurtres, mutineries : leur vie devient un enfer. Après quelques mois, des autochtones arrivent à bord de pirogues, font un peu de troc avec les derniers survivants et leur donnent un peu de nourriture. Que font les survivants affamés au bout de certains passages ? Ils commencent à draguer les femmes autochtones. Ces derniers n'ont pas apprécié du tout et ne sont plus jamais revenus. C'est quand même ahurissant que des hommes aux portes de la mort, réduits au cannibalisme, retrouvent soudain leurs pulsions sexuelles au point de ne pouvoir s'empêcher de courtiser les femmes de leurs bienfaiteurs.
J'ai lu une biographie de Prince. À plusieurs reprises, il évoque se masturber dans un bar. Le mec voyait une femme avec un beau décolleté, ça l'excitait, et il allait se branler aux toilettes ou, pire, derrière le comptoir. C'était décrit d'une façon totalement banale et récurrente. Vous imaginez aujourd'hui aller boire un verre dans un bar et voir un type se masturber derrière le comptoir parce qu'il a vu une femme en mini-jupe ?
Le livre Working de Studs Terkel décrit la vie des travailleurs américains des années 70. Ce livre est fascinant et révèle un monde différent. Il y est notamment question des hôtesses de l'air qui se faisaient tripoter par les passagers pendant le vol. Elles ne devaient faire aucune remarque et se laisser faire. Quand elles remontaient le problème à leur hiérarchie, on leur disait qu'il ne fallait rien dire et que le plus important était que les clients soient satisfaits du vol. Il en était de même pour les autres métiers féminins : serveuses, secrétaires, assistantes, etc. Toutes se faisaient tripoter par les hommes, et c'était considéré comme normal.
C'était la réalité de la sexualité masculine non canalisée. Dans le monde d'avant le porno, les hommes agissaient d'une manière absolument impensable selon nos valeurs d'aujourd'hui.
La nature humaine et ses exutoires
Cette réalité révèle quelque chose de fondamental : c'est la nature humaine. Nous sommes des animaux avec des pulsions. Ce qui nous rend différents des autres espèces, c'est que nous avons développé une morale qui nous contient, a minima. Le consentement, ça n'existe que chez l'être humain.
Il suffit d'observer les animaux pour s'en convaincre. Regardez les chiens : nous avons tous vu des chiens se reproduire. Avez-vous vu des femelles consentantes ? Au contraire, le mâle mord généralement le cou de la femelle jusqu'à ce qu'elle se laisse faire.
Même chez nos cousins les primates, c'est pareil . La femelle n'a pas son mot à dire. Le mâle grogne et la femelle se débat. La nature n'est pas toujours jolie à voir.
Les hommes ont des besoins sexuels intenses et font tout pour les assouvir. Cette réalité biologique ne disparaît pas par magie avec l'évolution sociale. Il est estimé qu' un tiers du trafic internet mondial est consacré au porno. Sur Reddit, l'une des plus grosses plateformes sociales mondiales, un quart du contenu est pornographique.
Dans notre société moderne où les relations sociales se raréfient, où chacun est isolé chez soi, le porno devient un exutoire, un déstressant. Quand on traverse un moment difficile, comment se changer les idées ? On ne peut pas aller courir tous les jours, notre corps ne le supporterait pas. Ce n'est pas en regardant une série ou en scrollant sur Instagram qu'on va vraiment évacuer la pression et penser à autre chose.
La vraie question
Le problème n'est pas de dire que le porno est mauvais. J'en suis en partie d'accord. Ma citation favorite est de Thomas Sowell : "Life does not ask what we want, it presents us with options".
Cette phrase est ma favorite car elle est applicable partout. La question n'est pas de savoir si le porno est mauvais ou pas, mais de savoir si c'est pire qu'un monde où les hommes sont affamés sexuellement dans les rues, un monde avec plus de harcèlement, plus de viols, des prostituées souvent maltraitées et des bordels dans chaque quartier.
Là, quand on pose cette question, la réponse est de suite moins évidente.
Est-ce que vous préférez un monde avec un bordel dans chaque quartier ou un monde avec des femmes sur OnlyFans ? Je n'aime aucune de ces deux options, mais j'en préfère clairement une.
Est-ce que vous préférez un monde où, en entrant dans les toilettes d'un bar, vous surprenez un homme en train de se masturber, ou est-ce que vous préférez un monde où le porno en full HD est accessible gratuitement en trois clics pour calmer ses pulsions sexuelles ?
Une différence de perception
Il est intéressant de noter que le porno semble avoir des effets différents selon les genres. Je pense que le porno est plus problématique pour les femmes que pour les hommes contrairement à ce que l'image populaire nous laisse croire. Les hommes sont généralement plus rationnels concernant la fiction : nous savons que ce n'est pas la réalité. Nous jouons à GTA, mais ce n'est pas pour autant que nous roulons en sens inverse sur l'autoroute ou nous amusons à buter des policiers.
Les femmes, en revanche, semblent parfois prendre le porno plus au sérieux. Elles regardent du porno et pensent que tous les hommes ont un pénis de 20 cm, ne connaissent pas la semi-mollesse et passent du repos au garde-à-vous en un simple regard. Dans le porno, la semi-molle n'existe pas. C'est la même logique qui s'applique ailleurs : elles développent des attentes irréalistes sur les applications de rencontre comme Tinder.
Conclusion
Je ne suis ni anti-porno ni pro-porno. Mais je pense qu'il est crucial de toujours mesurer le pour et le contre de chaque situation. Rien n'est tout blanc ou tout noir. Le porno a ses défauts, ses dangers, ses dérives. Mais il a aussi fait disparaître des comportements problématiques dans nos sociétés que nous avons rapidement oubliés.
La disparition progressive du harcèlement de rue, la réduction drastique de la prostitution visible, les viols dans le couple — tout cela coïncide avec la démocratisation du porno sur internet. Est-ce une coïncidence ? Il serait naïf de le penser.
Plutôt que de diaboliser aveuglément le porno, peut-être devrions-nous reconnaître qu'il remplit, imparfaitement certes, une fonction sociale : canaliser des pulsions qui, sans exutoire, s'expriment autrement dans l'espace public et privé. La société n'est pas parfaite, elle ne le sera jamais. Mais entre deux imperfections, il faut parfois choisir la moins dommageable.
Le porno n'est pas la solution idéale aux pulsions masculines, mais c'est peut-être, pour l'instant, la moins pire des solutions disponibles.